CRITIQUE DE LIVRE : WICKED

Certains le savent déjà, je suis un grand fan du Magicien d’Oz écrit par Franck L.Baum en 1900, et de la comédie musicale Wicked. Ayant appris que cette dernière était tirée d’un roman, je ne pouvais que me jeter dessus…
Je partais tout de même avec un a priori, un conflit personnel : je ne suis pas vraiment pour le fait qu’un auteur reprenne à son compte l’univers d’un autre, pour poursuivre le récit, ou le ré-imaginer d’un autre point de vue, ou dans un autre genre littéraire. Je vis ça un peu comme un « vol », sans compter que le nouveau roman ne correspond pas forcément à l’idée qu’en avait le créateur. Et en même temps, j’aime beaucoup le monde et les personnages d’Oz, et pouvoir en lire davantage -si c’est bien écrit- ne peut que me faire plaisir. C’est dans cet état d’esprit que j’ai entamé la lecture de ce roman de quelques 400 pages.

J’ai lu ce roman en anglais, l’édition leatherbound de Barnes & Noble, avant de découvrir en recherchant des visuels pour faire cet article, que Wicked avait été traduit et publié par Bragelonne, et que c’est en plus une édition reliée que je trouve plus jolie encore que celle en ma possession. Vous savez ce qu’il me reste à faire…

fioriture1> L’objet-livre de l’édition américaine est sympathique : couverture reliée en cuir noir, illustration au centre imprimée sur du carton contre-collé sur le cuir, et motifs en fer à chaud métallique doré et vert-pomme. Des illustrations sont également disséminées à l’intérieur.
> La version Bragelonne quant à elle, reliée également, comporte une jaquette vraiment jolie. Pour citer l’éditeur : « La reliure (couverture) est dotée d’un pelliculage mat (et soft touch) et d’un verni sélectif. La jaquette a été réalisée avec un papier « tintoretto » pour donner une impression de grimoire, auquel on a rajouté des dorures rouges et un gaufrage pour le titre et les petites feuilles. »

>>> C’est par ici pour lire la critique du tome 2 !


Wicked_fiche-technique2WICKED (THE WICKED YEARS T01)
de Gregory Maguire


« People who claim that they’re evil are usually no worse than the rest of us…
It’s people who claim that they’re good, or any way better than the rest of us,
that you have to be wary of.
 » 

Résumé éditeur :
Dans Le Magicien d’Oz, Dorothée triomphe de la Méchante Sorcière de l’Ouest. Mais nous n’avions que cette version de l’histoire…
Qui est vraiment cette mystérieuse sorcière ? Est-elle donc si méchante ?
Comment a-t-elle hérité de cette terrible réputation ?
Et si c’était elle, la véritable héroïne du monde d’Oz ?
Ouvrez ce livre et vous découvrirez enfin la merveilleuse et terrible vérité. Quels que soient vos souvenirs de ce chef-d’oeuvre qu’est Le Magicien d’Oz, vous serez passionné et touché par le destin incroyable de cette femme au courage exceptionnel.

Entrez dans un monde fantastique si riche et si vivant que vous ne verrez plus jamais les contes de la même manière…illu-topfioriture1Le roman ne se contente pas de revisiter l’histoire du Magicien d’Oz, bien au contraire, il offre en réalité une préquelle à cette célèbre histoire, préquelle qui nous permet de mieux appréhender l’univers d’Oz, son histoire, ses peuples, et surtout la situation géopolitique qui précède la venue de Dorothy Gale et les évènements quelle va précipiter et amener à la conclusion que l’on connaît.
Mais là où le roman est réellement intéressant, c’est que l’on suit principalement Elphaba (en dehors de certains passages ou chapitres) alias la méchante sorcière de l’ouest, de sa naissance à sa mort, et le roman s’attache à son développement, son évolution, et aux raisons qui la pousseront à devenir ce personnage détesté et craint de tous. L’histoire fonctionne d’ailleurs en « boucle » : commencant par une scène ou la sorcière, cachée, rencontre Dorothy et ses compagnons, les entend parler d’elle et spéculer sur les raisons qui l’ont rendues aussi wicked, avant de remonter justement à sa naissance pour revenir, trente-sept ans plus tard, à cette même scène…

« […] Elphaba had a good voice. It was controlled and feeling and not historinic.
He listened through to the end, and the song faded into the hush of a respectfull pub.
Later, he thought: the melody faded like a rainbow after a storm, or like winds calming down at last;
and what was left was calm, possibility, and relief.
 »

L’univers dans lequel prennent place les différents romans de The Wicked Years est extrêment riche et complexe, et surtout il se développe sur les trente-sept années de la vie d’Elphaba (et se poursuit bien sûr dans les tomes suivants). On vit donc les évènements provoqués par la venue du Magicien, sa montée au pouvoir et sa politique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas très sympa le monsieur ! Ségrégation envers les Animaux (qui contrairement aux animaux sont doués -pour une raison inconnue- de raison et de parole), invasion, destruction, massacre, appropriation de ressources,… La liste est longue. Et nos personnages se retrouvent pris au milieu de ces bouleversements et se voient contraints de réagir -ou non-, aux évènements, de prendre position, de se battre ou tirer profit de la situation…
Quant à la magie, elle est pour sa part relativement absente… Il s’agit en réalité plus d’une discipline enseignée en école, à l’instar d’une science ou d’une pratique artistique : tout le monde peut choisir cet apprentissage, mais les résultats obtenus dépendent d’une application pratique et d’une prédisposition innée, variant suivant les individus, mais bien moins spectaculaire que dans le texte de Franck L.Baum.

« Remember this: Nothing is written in the stars.
Not these stars, nor any others. No one controls your destiny.
 »

Il est en revanche vraiment intéressant de découvrir nos personnages sous un nouveau jour, de leur donner plus de corps, plus de réalité et de personnalité que dans le roman originel, plutôt manichéen, qui se contentait de nous présenter des personnages bons ou mauvais, sans nuances… Ici il n’en est rien, les personnages que l’on croyait bons ne le sont pas forcément et inversement. On découvre une Elphaba courageuse, concernée et révoltée par les exactions commises par le pouvoir en place, et qui se retrouvera plutôt victime de l’Histoire, sa mauvaise réputation lui ayant été attribuée par les vainqueurs -cherchant ainsi à empêcher toute fédération autour d’elle- et une Glinda un poil superficielle et surtout passive et soumise aux conventions sociales.
On découvre également les liens qui les unissent, leur passé commun, les raisons qui les ont poussés à prendre des chemins différents,… Des personnages vraiment bien travaillés en somme.

« I know you don’t want to hear this but someone has to say it!
You are out of control! I mean they’re just shoes… let it go! »

Difficile pour moi de vous parler du niveau de l’écriture : l’ayant lu en anglais je ne peux malheureusement pas dire que j’ai pris pleine mesure du texte. Si ça peut être un quelconque moyen d’évaluation, j’ai eu davantage de mal à comprendre que certains romans V.O que je lis habituellement (ce qui traduit un vocabulaire plus riche et moins courant), et l’auteur a fait des efforts notables pour intégrer des dialectes et des tournures de phrases pour traduire les origines (sociales et culturelles) de certains protagonistes.
Le procédé de narration est quant à lui plutôt intéressant (même si je conçois que certaines personnes aient pu le trouver ennuyeux) : le récit présente régulièrement des ellipses temporelles, laissant le lecteur avec de nombreuses interrogations, qui sont par la suite résolues -ou non- dans le reste du texte… avant de recommencer ! Pour ma part ça été un moteur dans ma lecture, impatient que j’étais de trouver les réponses au fil des pages.

« Where I’m from, we believe in all sorts of things that aren’t true…
we call it history.
 »

Enfin, petits bémols à noter : si la majeure partie du roman est vraiment remarquable par sa qualité, sa complexité et la justesse des personnages, la toute dernière partie (celle qui rattache et retrace le magicien d’Oz d’origine) est à mon sens un peu plus bâclée et brouillonne, comme si l’auteur avait eu du mal à réunir son oeuvre et l’originelle tout en donnant une explication plausible et convaincante quant à la réaction de la sorcière…
Le roman souffre également parfois de petites lenteurs, et certains des personnages disparaissent pour ne réapparaître que brièvement à la fin. Cela s’explique facilement par le fait que l’on suit Elphaba, et qu’il est donc normal pour elle, qui vit recluse du monde, de ne pas avoir de nouvelles d’eux, mais leurs retours ressemblent plus à du « fan service » pour permettre au lecteur de mettre un point final sur ces personnages, qu’à un réel besoin scénaristique.

Et la comédie musicale dans tout ça ?
J’ai pris le temps de regarder le musicals (je sais, je sais, vous-vous dîtes « quel sens de l’abnégation »), car je trouvais intéressant justement de voir ce qui avait été conservé/supprimé/modifié du roman. Au final c’est globalement fidèle, même si bien sûr l’histoire a été quelque peu simplifiée et « disneytisée » (un nouveau mot oui !), et si la plupart des personnages sont présents, et correspondent à leurs homologues littéraires, certains bénéficient d’un peu plus de présence (le Magicien d’Oz), d’autres ont été fusionnés et une intrigue amoureuse à été ajoutée…

hat

Un premier roman d’une grande richesse et d’une grande profondeur, bien plus proche d’un Game of Throne que d’un conte fantastique ! Des personnages extrêmement bien développés et travaillés et une intrigue complexe qui donne au texte d’origine une dimension supplémentaire. J’en recommande chaudement la lecture. En espérant que les tomes suivants continuent sur la même lancée…

fioriture2

a

Univers/originalité :
Personnage/charisme :
Histoire/ressenti :
Objet livre :
Moyenne

a

About the author

Graphiste dans le monde de l’édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

9 comments on “CRITIQUE DE LIVRE : WICKED”

  1. voyageusedesmots Répondre

    J’avais apprécié le magicien d’Oz. Ton retour me donne enive de me lancer dans l’aventure, surtout s’il a été traduit chez Bragelonne.
    Bien que mon niveau en anglais ne soit pas extraordinaire, je suis tenté de le lire en V.O. Surtout que je dois absolument décrocher un certain niveau pour valider mon master l’an prochain.
    Est-ce que l’anglais utilisé est structuré/complexe ou simpliste (façon twilight et dans ce cas je passe mon chemin, j’aime quand c’est complexe)?

    • Mathieu Répondre

      Humm… Il est tout de même plus complexe que Twilight (qui m’avait servi à l’époque à améliorer mon anglais justement), et comme je le dit dans l’article, l’auteur joue avec la langue, il insère de l’arguot, des tournures/syntaxes un peu particulières pour simuler des différences de langage… et des mots pas très courants. Si tu aimes l’anglais complexe, il est pour toi !

      • voyageusedesmots Répondre

        Alors je vais envisager de me lancer.
        Twilight était pour améliorer mon anglais mais c’est tellement insipide que ça fait plus de 6 ans que je suis dessus. A côté, j’ai mis seulement 2 mois pour lire un Stephen King, je ne dis pas que j’ai tout compris, mais j’ai clairement ressenti l’ambiance et j’ai été happée par l’intrigue.

        • Mathieu Répondre

          Il ne faut pas s’arrêter sur tous les mots que tu ne connais pas pour regarder dans un dico (sinon tu ne t’en sorts pas). En général on comprend quand même le sens général de la phrase et on devine le sens des termes inconnus, et on apprends comme ça, petit à petit.

          • voyageusedesmots

            Tout a fait d’accord avec toi. Étrangement c’est sur l’écriture la plus complexe où je me suis sentie le plus à l’aise. Là je me force à terminer mon Twilight mais sérieusement, les états d’âme de Bella me gonflent sérieusement. C’est vraiment pas pour moi ce truc. 😉

          • Mathieu

            Harry Potter ? Des romans jeunesses mais un peu « vieux » ? En général le niveau de la littérature jeunesse d’il y a quelques décennies était bien plus élevée que maintenant… Genre Peter Pan (génial), alice au pays des merveilles,… Ou même kat, incorrigible qui est certe très jeunesse mais vraiment sympa :). Sinon a l’epoque ou j’apprenais l’anglais en lisant j’avais lu « labyrinth », un roman qui parle des croisés, du saint graal, et où on suit plusieurs personnes à diverses époques, dans le sud de la France. J’avais appris plein de vocabulaire sur l’art, l’architecture, les paysages,…

  2. Pingback: CRITIQUE DE LIVRE : SON OF A WITCH

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :