COUP DE CŒUR : VANGO

Acheté au salon du livre jeunesse de Montreuil en 2016, Vango me faisait pourtant de l’œil depuis un moment. Depuis que j’avais lu Tobie Lolness pour être exact, qui avait été pour moi un grand coup de cœur. Ce roman est-il à la hauteur de mes espérances ? C’est ce que nous allons voir…

L’édition que je possède réunie en réalité les deux tomes de la série, Entre ciel et terre et Un prince sans royaume. Agrémentée de rabats, la couverture est également gratifiée d’un verni sélectif sur le logo (en première de couverture et sur le dos) ainsi que sur certains éléments de texte en quatrième.

Et pour lire les critiques des autres ouvrages de l’auteur, c’est par ici :
– Tobie Lolness
– Le livre de Perle


Vango_fiche-techniqueVANGO
ENTRE CIEL ET TERRE & UN PRINCE SANS ROYAUME 
de Timothée de Fombelle

« Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé.
On croyait voir un champ de neige.
Les hirondelles frôlaient les corps en sifflant.
Ils étaient des milliers à regarder ce spectacle.
Notre-Dame de Paris étendait son ombre sur la foule assemblée.
Soudain, tout autour, la ville parut se recueillir. »

Résumé éditeur  :
Paris, 1934. Devant Notre-Dame, une poursuite s’engage au milieu de la foule. Le jeune Vango doit fuir. Fuir la police qui l’accuse, fuir les forces mystérieuses qui le traquent. Vango ne sait pas qui il est. Son passé cache de lourds secrets. Des îles siciliennes aux brouillards de l’Écosse, tandis qu’enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité.

Sur les toits, en bateau, en train, en zeppelin, la quête haletante d’un héros libre et attachant. Un grand roman d’aventures par l’auteur de «Tobie Lolness».


Tenez-vous bien, le roman commence de manière magistrale ! On est happé dans le récit dès le premier chapitre grâce au talent incroyable qu’a l’auteur de poser en quelques lignes les bases de son intrigue et de peindre des personnages intriguants et mystérieux : un jeune homme sur le point de devenir prêtre et recherché par la police sans savoir ce qu’on lui reproche, une jeune femme dans la foule qui semble le connaître, un homme qui lui tire dessus alors qu’il escalade la façade de Notre-Dame pour s’enfuir… Et cette dernière scène très visuelle du chapitre, traitée de manière presque cinématographique où l’ombre gigantesque d’un dirigeable recouvre progressivement le monument et la foule en contre-bas… Et voilà, j’étais déjà captivé par le roman.
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«Il grandit avec trois nourrices : la liberté, la solitude et Mademoiselle.
À elles trois, elles firent son éducation.
Il reçut d’elles tout ce qu’il croyait possible d’apprendre.»
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Très similaire à Tobie Lolness, ce récit nous plonge dans le récit de plusieurs existences, plusieurs destins qui se croisent et s’entremêlent dans une Europe (et au delà) plongée dans l’époque de la seconde guerre mondiale, et qui orbitent autour d’un jeune homme Vango, pourchassé de tous côtés par des ennemis dont il ne connaît ni la nature, ni les visages ni les motivations.
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«Avant tout, il fallait voir le monde.
Il sentit que c’était cette rapidité qui faisait la force de la rencontre.
Des vies qui se touchent plus fort quand elles se bousculent, parce qu’elles passent avec élan.
»
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Fidèle à son mode de narration habituel, Timothée de Fombelle nous perd dans les méandres de morceaux de vies éparpillés dans le temps et dans l’espace, nous confiant à nous, lecteur, le soin de les remettre dans l’ordre et de reconstituer petit à petit l’histoire complète de ses personnages. Chaque chapitre ajoute ainsi son lots d’informations, et surtout de questions, qui ne font que rajouter du mystère autour de Vango et de ses origines, non sans incorporer ici et là quelques légères touches de merveilleux et de fantastique. Suffisamment légères en tout cas pour que l’ensemble reste réaliste,  mais avec un petit truc en plus. Ici chaque détail à son importance, et même les éléments les plus anodins peuvent ressurgir plusieurs chapitres plus tard et nous démontrer qu’en réalité, ils constituaient des indices précieux…
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«Et, depuis ce jour, derrière ses grands airs provocateurs et son mauvais caractère,
Hugo Eckener cachait dans les plis de sa nuque une petite bestiole qui s’était accrochée à sa peau : la peur.
Quelque chose s’était courbé en lui. Un peu de sa fierté s’en était allée.
Hugo Eckener se leva tout à coup.
Il le savait, cette bête mal placée, il suffisait qu’il redresse la tête pour l’écraser.
»
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Le récit alterne entre deux trames bien distinctes. Le passé, qui se dévoile progressivement pour éclairer le mystère « Vango »,  celui de ses origines et de cette traque dont il est la cible, et pour expliquer comment les différents protagonistes lui sont liés et sont entrés dans sa vie ainsi que les motivations derrières leurs actions.
Le « présent » enfin, qui commence dès cette fameuse scène d’ouverture en 1934 et se terminera en 1944, et qui permet à l’auteur de non seulement nous délivrer une aventure haletante faîte de course-poursuites, d’enquêtes, de vengeance, de résistance,… mais également de peindre une fois encore les différents visages de l’humanité lorsqu’elle est plongée dans ses moments les plus terribles ou les plus tendres, dans ce qu’elle peut faire de meilleur et de pire.
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«Peut-être était-ce à cause de sa femme que Pippo le cultivateur rêvait du métier de marin.
Il y a des gens à terre qui donnent envie de naviguer très loin et surtout très longtemps.
»
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On découvre ainsi des personnages riches, complexes, charismatiques ou antipathiques, et qui plongés dans les évènements de l’Histoire deviennent héros ou vilains, victimes ou tortionnaires, traîtres ou alliés, de leur plein gré ou sous l’emprise de manipulations ou de chantages dont ils ne peuvent se libérer, avec heureusement la présence de personnages comiques – voir burlesques – qui rajoutent quelques bouffées d’air dans les moments les plus tendus.
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«Il regardait la foule, toutes ces histoires sur un quai.
Et déjà, il sentait une petite lucarne s’ouvrir en lui. Les gens. Il découvrait les gens.
Il connaissait des personnes, il en connaissait quelques-unes, chez lui. […]
Mais les gens c’était autre chose. Ceux qu’on ne connait pas.
Ces vies qui nous frôlent à toute vitesse comme des poteaux télégraphiques par la vitre du train.
»
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Je vous avoue avoir deviné très tôt l’origine de Vango, pas précisément bien sûr, puisque l’auteur sait conserver ses secrets jusque très tard dans le livre, mais j’avais ma petite idée qui s’est révélée vraie (ou peut-être avais-je juste dès le départ envie que ce soit ça, et le hasard à bien fait les choses). Toujours est-il que pour arriver à ce résultat l’auteur a dû modifier le cours de l’Histoire telle qu’on la connaît (alors que le roman y était jusque là raccroché grâce à la présence dans le récit de personnages ayant réellement existé), et c’est pourquoi j’ai classé cet ouvrage dans la catégorie uchronie (qui revisite l’histoire en modifiant certains de ses aspects).
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«Pour la première fois, il avait l’impression que sa course folle
trouvait sa source dans les profondeurs du siècle et de l’histoire.
Vango n’était pas un orphelin comme les autres :
il était l’héritier d’un monde englouti.»
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Un roman qui vous fera rire, pleurer, trembler d’impatience et de frustration devant ce canevas de vies entremêlées et plongées dans une des périodes les plus sombres de notre histoire. L’auteur y révèle une fois encore tout son talent de conteur et d’écrivain, et, pour reprendre l’expression d’une blogueuse avec qui j’ai discuté, il fait pour moi désormais partie des auteurs à lire les « yeux fermés » !

Univers/originalité :
Personnage/charisme :
Histoire/ressenti :
Objet livre :
Moyenne

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About the author

Graphiste dans le monde de l’édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

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