MÉTIERS DU LIVRE : LIBRAIRE

Bonjour ! Cette fois-ci je vous propose de partir à la découverte d’un nouvel intervenant de la chaîne du livre : le libraire. Pour se faire j’ai réalisé une interview de Picobooks, dont je vous conseille vraiment le blog ! C’est beau, c’est bien écrit et elle vous propose une sélection très éclectique. C’est par ici : https://pikobooks.com/

pikobooks


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Bonjour ! Peux-tu te présenter rapidement, ainsi que ta librairie ?

Avec plaisir. Pikobooks. Enchantée. J’ai 27 ans, un chat, un compagnon, des milliers de livres.
Je suis libraire depuis maintenant 2 ans (pour être plus précise, cela va être ma deuxième rentrée des classes mais mon troisième Noël). Je travaille dans une très grande librairie générale. C’est-à-dire que nous vendons toutes sortes de livre : romans, guides de voyage, parascolaires, ésotérisme, bandes dessinées, mangas, livres pratiques (cuisine, tricot, sport). Tout y est et il y en a pour tous les goûts.

En tant que libraire, je suis amenée à renseigner les clients sur chacun de ces types de livre. Mais afin de gérer comme il se doit et la qualité des rayons et la qualité des conseils, chacun de mes collègues est spécialisé dans un secteur. Pour ma part, je suis actuellement en charge des rayons Sciences Techniques et Parascolaire, en intervenant à 40 % de mon temps sur le rayon jeunesse (qui inclue les petits de 0 à 7 ans et les livres adolescents (de 8 à 11 ans et young adult). Ce qui ne m’empêche pas d’aller mettre mon nez dans le rayon BD/manga/comics, que j’adore !

 

Qu’est ce qui t’a amené/motivé à devenir libraire ?

Le hasard. J’ai évidemment toujours aimé les livres. Bien sûr. Je suis née dedans, j’ai grandi avec et cultivé mon goût au travers de mes études. Mais à la base, j’ai une formation d’éditrice. C’est d’ailleurs ce métier qui a débuté ma carrière. J’ai été assistante éditoriale dans le livre pratique de 2010 à 2014.

Puis j’ai souffert d’une période sévère de chômage. J’ai déménagé, pris le large pour une nouvelle ville loin de la région parisienne pour suivre mon compagnon qui faisait ses études. J’ai cherché du travail sur place, mais le monde de l’édition, en plus d’être particulièrement bouché là où je suis, m’a complètement refroidie. Alors je suis entrée dans toutes les librairies du coin et j’ai demandé du travail. Je suis simplement tombée au bon endroit, au bon moment. Et j’ai appris sur le tas un nouveau métier. Et je ne regrette pas ce « petit » changement de carrière… vraiment pas !

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Faut-il une formation particulière pour faire ce métier ?

Il existe beaucoup de formations spécialisées « métiers du livre » et des cursus plus spécifiques à la librairie, en IUT, en BTS ou en Master. Encore une fois, je suis un cas à part, car j’ai d’abord suivi des études de lettres modernes (prépa et universitaires) puis un Master professionnel de l’édition du livre et multimédia. Et cela dépend aussi énormément de la spécialité du libraire. Un libraire en Sciences humaines aurait certainement une formation de sciences humaines, ou politiques, ou historiques. Un libraire en cuisine peut être simplement un passionné qui aurait suivi une formation professionnelle. Un libraire général, en revanche, aura bien besoin d’un cursus spécialisé.

De façon plus générale, je dirais quand même qu’une formation en littérature aide beaucoup, évidemment, mais que les portes ne sont fermées pour personne !

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Quelle-sont les compétences et qualités nécessaires ?

C’est peut-être cliché et orgueilleux ce que je vais dire, mais avant tout, il faut être un « dur au mal ». C’est un métier physique et éprouvant, qui apporte autant de joie que de frustration. Il faut être curieux, avide de découvertes, ouvert et attentif. Il faut être patient, attentionné. Il faut avoir une sensibilité et savoir se fermer, se protéger. En bref, il faut savoir distiller le plaisir de lire à travers la vente, tout en acceptant (c’est primordial) que chaque livre a un public et que chaque client est un lecteur. Il faut accepter la critique, savoir faire des ronds de jambes avec les clients difficiles ou agressifs, savoir « laisser couler ». La vente, c’est tous les jours des moments WTF. Il faut savoir en rire (un petit carnet pour les meilleurs moments et les pires, ça aide). Il faut savoir faire surgir du plaisir dans des moments éprouvants. Il faut être organisé et appliqué, car on est amené à gérer beaucoup de missions en même temps, il faut donc savoir gérer les priorités et compartimenter sa journée de travail. Au-delà de ça, il faut être passionné. C’est essentiel ! Et peut-être aussi un peu foufou, en tout cas, aimer que ça déménage !

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En quoi consiste ton travail exactement ?

Quatre missions essentielles :

  • Renseigner le client et m’assurer qu’il trouve, soit ce qu’il cherche, soit des idées immédiates ; lui fournir des renseignements de qualité, échanger avec lui et vendre (oui, oui : vendre). Faire en sorte qu’il soit à l’aise et ait envie de revenir.
  • Achalander mes rayons avec les commandes que je passe (c’est-à-dire ranger les nouveaux arrivés en rayon), m’assurer de réassortir les livres vendus et prévoir les périodes critiques (rentrée des classes, noël, fêtes des mères…)
  • Organiser mes rayons avec le plus de logique possible : mettre en avant les livres qu’on est susceptible de me demander le plus souvent, les plus attendus ou les plus intéressants ; faire la poussière et faire en sorte que l’endroit soit propre et agréable ; gérer la signalétique (les affichettes et écriteaux).
  • Rencontrer les représentants commerciaux des maisons d’édition et prévoir les nouvelles parutions, les opérations commerciales importantes selon les périodes de commerce, négocier les commandes.

A cela s’ajoute l’animation même de la librairie : organiser des dédicaces, des rencontres, des ateliers…

Tout cela, c’est juste la librairie pure. Parce que mon magasin engage également des managers et responsables RH et compta, des hôtes de caisse et des responsables logistique. Mais sinon, il faudrait aussi ajouter la réception et le contrôle des commandes, la caisse et la gestion entrepreneuriale.

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Quel est l’aspect de ton travail que tu préfères ?

Le meilleur moment, c’est quand mes clientes (souvent des adolescentes ou des mères) reviennent me voir, ont déjà lu le livre de leur précédent passage, ont adoré, en parle avec moi et me font confiance pour la lecture suivante ! C’est du caviar !

Ah et comme je suis aussi une maniaque du rangement professionnel (et pourtant, vous verriez chez moi !), j’aime les premières minutes de la journée, avant l’ouverture du magasin. Quand je me pose et que je regarde les rayons que je viens de bichonner. Gras, propres, garnis, beaux. 🙂

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Comment choisissez-vous les livres que vous présentez en librairie ? Est-ce la notoriété d’un titre, le bouche à oreille ? ou vous les sélectionnez avant leur sortie ? vous sont-ils imposés ?

Il y a un système très bien rodé pour fournir la librairie. Un métier qui reste dans l’ombre et qui pourtant est essentiel et incontournable : le représentant commercial. Il s’agit d’un agent de commerce qui représente une maison d’édition ou un groupe de diffusion de plusieurs maisons d’édition et qui vient nous voir (sur rendez-vous) en librairie pour nous présenter les nouveautés, faire le point sur le fond de rayon. Il faut établir avec ces personnes une relation de confiance mais aussi négocier des marges et savoir dire non quand on le juge nécessaire.

Evidemment, cela se fait toujours minimum un mois avant la sortie d’un titre (en avril, par exemple, nous travaillons ensemble les nouveautés de juin, voire de juillet). Sinon, comment pourrait-on gérer nos entrées et notre budget ? J

Le libraire est bien entendu décisionnaire, mais il faut toujours se rappeler que ce n’est pas parce qu’on n’est pas intéressé que le livre ne trouvera pas son public en magasin ! D’où l’importance du représentant commercial, qui, soyons lyrique « sait tout sur tout » sur les livres qu’il nous propose : sur la popularité des auteurs, la qualité du livre, le plan de communication qui va être mis en place, la disponibilité de l’auteur pour des événements… et donc nous aider à déterminer si le livre a oui ou non une place chez nous et surtout en combien d’exemplaires nous devrions le prendre, dans un premier temps.

Mais il faut aussi bien connaître son propre public et ses clients. Prenons un exemple très simple : un livre sur la choucroute se vendra très bien dans le Nord de la France mais très mal dans le Sud-Ouest. Il en va de même, à différentes nuances et échelles, pour chaque livre, selon les librairies.

Par exemple, j’ai arrêté de travailler les ouvrages de médecine pure, car les étudiants en médecine ne viennent pas chez nous ; en revanche, les futurs infirmiers viennent en masse, car l’école est toute proche.

Il faut aussi savoir être créatif et passionné. Mon collègue de littérature poche est un amoureux de la maison d’édition Gailmeister. Il fait souvent des mises en avant de leur parution. C’est un bon moyen de s’exprimer, de dévoiler une sensibilité littéraire et d’amener les clients à sortir de leur zone de confort pour faire de belles découvertes, car c’est aussi cela qui les pousse à venir nous voir plutôt que de rester chez eux, sur le net.

Ça, c’était pour les nouveautés. Pour « le fond de rayon », cela dépend essentiellement des ventes au quotidien, de la touche du libraire, de l’envie de faire découvrir tel ou tel livre… C’est beaucoup plus délicat à expliquer… Et c’est à la charge du libraire de passer des commandes quotidiennes pour s’assurer de ne pas être « en rupture » mais de ne pas non avoir trop de stocks et donc trop de livres dormants depuis longtemps dans les étagères. Un peu comme un jeu de chaises musicales.

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Est-ce que vous lisez chacun d’entre eux ? Avez-vous chacun une « spécialité » ?

Rien que pour les romans, il y a entre 600 et 700 nouveaux titres à chaque rentrée de septembre, et quelques 200 titres en janvier. Sans compter les livres qui sortent tous les jours. Et les romans ne représentent qu’une minorité de la publication annuelle, une minorité.

Bien entendu que nous ne lisons pas tout. C’est impensable et impossible. Personnellement, je ne lis que ce qui m’intéresse. En revanche, je me renseigne le plus possible sur toutes les nouveautés de mes rayons, sinon, comment renseigner mes clients ? Là encore, le rôle du représentant commercial est essentiel ! Mes collègues de littérature générale sont impressionnants, ils engloutissent les romans à la vitesse de l’éclair. Je n’ai pas cette force, je suis plus restrictive. Et j’apprends tous les jours énormément de mes clients ! On échange, je note les livres les plus prisés, les auteurs que je ne connaissais pas… Il y aura toujours à lire, c’est formidable, non ?

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Et comment les présentez-vous en magasin ? sont-ils classés par genre ? par âge ? ordre alphabétique ?

Il n’y a pas de règles. La preuve, chaque librairie est différente alors que chaque bibliothèque applique rigoureusement le même système de classification. La seule règle : faire en sorte que chaque client puisse trouver son bonheur, même si le libraire est indisponible. Après, c’est aussi une question de bon sens. Je vais donc m’arrêter là et vous inviter à farfouiller dans votre librairie, vous verrez bien. Mais en général, les nouveautés que vous cherchez sont exposées sur des tables, alors que les livres « de fond » sont en rayon. Et bien évidemment, la librairie est divisée en secteurs, encore une fois pour que chacun puisse trouver son bonheur : polar, poches, grands formats, mangas, bandes dessinées, young adult, essais économiques, ésotérisme…

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Organisez-vous des animations autour du livre ? avec vos clients, des auteurs, auprès d’écoles ?

Oui ! Et le plus souvent possible ! C’est un réel plaisir de faire vivre une librairie, et un privilège qu’il faut exploiter. Pas de règle non plus, il faut avoir la chance de trouver le bon contact au bon moment, il faut maintenir une certaine réputation ou cultiver de bonnes relations avec les éditeurs et représentants commerciaux. Et surtout, il faut faire les bonnes invitations au bon moment. Les auteurs sont plus susceptibles de venir à la sortie de leur nouveau roman (et d’ailleurs, cela intéressera plus de monde) plutôt qu’à un autre moment sans rapport avec l’actualité éditoriale. Il faut se tenir informer et rester vigilant.

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Êtes-vous en relation/contact avec les éditeurs ? les auteurs ?

Oui, encore une fois, le plus souvent possible, pour organiser des dédicaces, ateliers… Pas assez à mon goût, car ce n’est pas la priorité absolue du quotidien. Mais c’est aussi un des cœurs du métier, de faire le lien entre les créateurs et les lecteurs. Là encore, merci aux représentants commerciaux, qui font le lien. Les éditeurs n’ont pas le temps de s’occuper des 6 500 librairies de France. Les grandes maisons ont un service de communication et de presse, mais les petits sont débordés. Il faut donc passer par le représentant commercial régional, qui nous donnera les bons contacts (et le bon timing !).

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Et avec d’autres librairies ? Travaillez-vous de manière totalement indépendante les unes des autres ? existe-il des sortes de partenariat ? des associations ?

La librairie, c’est du commerce. Alors non, je ne vais pas travailler main dans la main avec mon concurrent d’en face. En revanche, il existe des associations de libraire indépendant, des amitiés, des relations importantes. Mais n’oublions pas que cela reste du commerce. Il ne faut pas avoir une vision « naïve » de ce métier, même si nous sommes tous animés par une passion commune.

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Que penses-tu des livres numériques ? sont-ils un danger pour les livres papier ? comment vous adaptez-vous ? – comment imagines-tu ton métier d’ici 10-20 ans ?

Houlala, quel grand débat ! Il ne s’agit que de mon avis, mais livre numérique et livre papier sont des cousins. Ils peuvent vivre ensemble, ils se complètent et encore une fois : chaque livre à son public. Qu’il soit constitué de fibres de papier ou de pixels. Vu la très très bonne espérance de vie du livre papier, je trouve un peu triste de toujours parler de « danger ». C’est assez ridicule à mes yeux. Surtout si les éditeurs papiers suivent le pas, au lieu d’aller contre le courant. Et cela permet également à de nombreux éditeurs et auteurs de vivre grâce à internet. C’est une très belle nouvelle ère qui ne fait aucune ombre au livre papier, alors pourquoi créer un faux combat ? 🙂 Pas mal, pour le mot de la fin, non ?

Encore merci à toi pour avoir pris le temps de répondre à mes questions !

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About the author

Graphiste dans le monde de l’édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

1 comment on “MÉTIERS DU LIVRE : LIBRAIRE”

  1. voyageusedesmots Répondre

    Tiens je n’avais pas encore vu cet article.
    Ca m’ rappelé de bon souvenirs. J’ai fait mon stage de BTS MUC en librairie 2ans et c’était une expérience formidable.
    Récemment une jeune fille m’a choquée quand elle a écrit « le BP libraire semble cool mais pas le boulot ». OK les libraires ne sont pas les mieux payés et les conditions peuvent être difficile, en contre partie on a la chance de pouvoir partager une passion avec des clients et je ne suis pas sur que tous les métiers de la vente soient ainsi.

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