CRITIQUE DE LIVRE : LES MYSTÈRES DE LARISPEM

Et voilà, je viens tout juste de finir le roman Les mystères de Larispem, grand gagnant de l’édition 2016 du concours « premier roman jeunesse » ! lancé par Gallimard, RTL et Telerama. J’étais tombé amoureux de la passe-miroir, lauréat du concours en 2013, et j’espérais fébrilement réitérer la chose avec celui-ci. Mais je dois malheureusement reconnaître que je sors de ma lecture avec des sentiments plutôt mitigés… Ce n’est pas un mauvais livre, loin de là, il est juste simplement mal équilibré, alors avant de partir en courant prenez le temps de lire la critique jusqu’à la fin !


La couverture du livre est plutôt sympa : esthétiquement, on retrouve un peu l’esprit, modernisé tout de même, des anciennes éditions des romans de Jules Vernes, et c’est plutôt bien pensé de la part de l’éditeur, étant donné le contenu de l’ouvrage… Côté finitions, le livre bénéficie d’un pelliculage mat, or à chaud sur toutes les faces ça a dû coûter une petite fortune, et il y a en plus du verni sélectif sur le logo, le nom de l’auteure et certaines parties de l’illustration. Je suis moins fan du design du dos du livre, qui je trouve, fait un peu daté. Détail fort sympathique : la présence d’ouvertures de chapitres illustrées ! Les illustrations (couverture et intérieur) sont l’œuvre de Donatien Mary (http://www.donatienmary.fr), diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg.

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Larispem-T01_fiche techniqueLES MYSTÈRES DE LARISPEM
de Lucie Pierrat-Pajot

« La situation était désespérée. Le Luxembourg, le Panthéon étaient pris.
L’Hôtel de Ville brûlait et Versailles avançait inexorablement, écrasant les barricades,
piétinant les femmes et les hommes en même temps que la liberté. Que se serait-il passé si trois citoyens, trois héros, unis par leur connaissance de Paris ne s’étaient alors dressés, suivis par une centaine des leurs ? »

Larispem, 1899.
Dans cette Cité-État indépendante où les bouchers constituent la caste forte d’un régime populiste, trois destins se croisent… Liberté, la mécanicienne hors pair, Carmine, l’apprentie louchébem et Nathanaël, l’orphelin au passé mystérieux. Tandis que de grandes festivités se préparent pour célébrer le nouveau siècle, l’ombre d’une société secrète vient planer sur la ville. Et si les Frères de Sang revenaient pour mettre leur terrible vengeance à exécution ?

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L’auteure nous plonge dans un univers très particulier, uchronique fantastique et steampunk, où l’élan révolutionnaire de la Commune de Paris n’a pas été réprimé dans le sang par le gouvernement de l’époque, grâce à l’intervention d’un groupe de combattants constitué principalement de bouchers. Cette victoire des communards permit à la ville de s’émanciper et de devenir indépendante, tout en modifiant profondément son visage : de nombreux bâtiments sont démolis ou transformés, les rues changent de nom et, n’ayant pu accueillir l’exposition universelle de 1889, c’est à Lyon que Gustave Eiffel présente au monde le monument que l’on connaît tous. La nouvelle Cité-État se veut féministe (avec à sa tête une présidente), moderne et à la pointe de la technologie, portée par la vision de Jules Vernes citoyen éminent et adulé, faisant de Paris Larispem la ville la plus avancée de l’époque. Dans cette nouvelle société, les bouchers forment une caste respectée par tous les citoyens, et nombreux sont ceux qui désirent en faire partie. Mais des ennemis, les frères de sang, sont toujours présents, tapis au cœur de la cité, et attendent le bon moment pour frapper. Pour ancrer ce petit monde dans le réel, et surtout dans l’Histoire, l’auteure fait régulièrement référence à des personnages qui ont vraiment existé, comme Sarah Bernhardt, et inclut l’argot des bouchers (qui existe réellement).

Le roman commençait plutôt bien : on faisait la connaissance de nos deux héroïnes Liberté et Carmine, sur le point de s’introduire dans une ancienne demeure de noble à la recherche d’objets de valeur à revendre au marché noir. Une excursion écourtée par l’apparition d’un inconnu à qui elles parviendront à dérober un certain objet (pas de spoil !) mais qui réussira à s’enfuir dans un nuage de fumée, et dont seul Liberté gardera le souvenir. Lors de la vente du larcin, on découvre que ce *bip* semble être connu et recherché et… Rien. Je m’attendais à ce que ça lance l’intrigue, à ce que les filles tentent de percer le secret de cet objet, qu’elles soient pourchassées,… Mais on entre en fait dans une loonnngue première partie (un peu plus de la moitié du livre) qui utilise l’alternance de point de vue entre nos trois héros (les deux jeunes filles et Nathanaël, l’orphelin) pour nous présenter la ville/société dans laquelle prend place l’intrigue et nous glisser des informations sur les protagonistes et leur condition de vie. Et bien que cet univers soit riche et intéressant à découvrir, j’aurai préféré que ça se fasse en parallèle de la progression de l’histoire. Par exemple, Liberté et Carmine se retrouvent toutes les deux, pour que la première délivre à la seconde un certain chargement (toujours pas de spoil), mais l’évènement est un simple prétexte pour découvrir les dirigeables, le tram qui en passant au-dessus de la ville permet de découvrir la saleté de la Seine ou le l’Ourcq, les potagers qui se développent sur les toits des immeubles, ce qu’est devenu Notre-Dame, …
Et au final, si ça reste intéressant de découvrir tous ces éléments, l’action en elle même ne l’est pas. Et malheureusement, cela dessert aussi les personnages. Il est difficile de s’attacher ou de s’inquiéter pour eux dans la mesure où il ne leur arrive rien, ou presque. On ne peut pas vraiment juger leur caractère, apprécier leurs réactions dans différents types de situations. L’auteure place bien certains évènements ou personnages qui on le sent, joueront un rôle plus tard. Mais plus tard quand ? La présidente montre quelques aspects de personnalités intéressants, mais hélas avortés trop rapidement (heureusement, à chaque début de chapitre on retrouve des citations d’un des membres du gouvernement, ça nous aide à mieux les connaître). Le seul qui s’en sort à peut près c’est Nathanaël, dont la vie n’est pas franchement facile. Il se retrouve en plus au cœur d’une situation dont on ignore encore la portée par manque d’informations, mais on sent que ça va être un point très intéressant du roman puisque ça introduit les premiers éléments fantastiques/ésotériques/menaçants. Et pourtant, son personnage est encore un peu fade et mou, volonté de l’auteure qui tient à en faire un personnage un peu perdu, qui ne se pose pas vraiment de question et se laisse porter par les évènements. Il va commencer à évoluer et se « réveiller » dans la toute fin du roman. D’autres personnages secondaires jouent simplement le rôle d’accessoires, alors que j’en attendais un peu plus d’eux. À voir comment ils évoluent par la suite.

Et tout s’accélère. D’un coup ! Et ça devient intéressant et trépidant ! Les personnages commencent à se poser des questions, à réaliser qu’il se trame quelque chose. On apprend enfin des choses importantes, sur le rôle que chacun va être amené à jouer entre autres, sur les enjeux, qui se trouve dans quel camp, mais surtout la dimension société secrète/magie noire prend vraiment de l’ampleur, et le danger avec ! Il y a de la tension. Les personnages s’étoffent un peu également, notamment Liberté et Nathanaël qui, de fil en aiguille, vont se retrouver en bonne position pour être au cœur des évènements à venir. Mais c’est malheureusement déjà la fin du volume…

C’est un livre un peu étrange au final. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, mais il m’a manqué un petit quelque chose, qui à cependant commencé à pointer le bout de son nez dans la toute fin, me laissant avec un petit goût d’inachevé, une petite déception. Et pourtant, je sens que ça bouillonne là-dedans, que c’est sur le point de donner quelque chose de vraiment pas mal, qu’il y a matière pour (avec les complots, la magie du sang, la société secrète, des agents doubles, des secrets à la pelle), mais qu’on a retiré le tout un peu trop tôt du feu (appelons ça l’analogie de la popotte). Je dirais que l’introduction a été trop longue ou le roman trop court pour vraiment la diluer. Je lirai le tome suivant parce que je veux vraiment savoir ce qu’il va se produire (en espérant que le côté jeu de l’oie ne prenne pas le pas sur l’intrigue, ce serait vraiment dommage). Une petite chose à ajouter aussi : le roman, et je ne sais pas si c’est volontaire ou accidentel, fait également écho à l’actualité française du moment, avec les attaques terroristes, les manifestations, la remise en cause du pouvoir en place et d’une certaine forme d’oligarchie au pouvoir, le manque d’écoute du gouvernement face aux critiques du peuple, ce petit vent de révolution et de ras-le-bol qui couve… C’est fort à propos et quelque part, ça m’a quand même mis dans le bain !

Univers/originalité :
Personnage/charisme :
Histoire/ressenti :
Objet livre :
Moyenne

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About the author

Graphiste dans le monde de l'édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

12 comments on “CRITIQUE DE LIVRE : LES MYSTÈRES DE LARISPEM”

  1. Sia Répondre

    Les réserves que tu émets me refroidissent quelque peu, mais l’ensemble a tout de même l’air d’avoir du potentiel. Je suis partagée entre l’envie d’aller le lire ou d’attendre la parution du tome 2 pour les enchaîner (et, éventuellement, m’arrêter là). Merci pour la découverte !

    • Mathieu Répondre

      De rien. Ça m’embête d’avoir eu à faire une critique négative qui risque de desservir le tire, parce que oui le roman a du potentiel :s. En plus Gallimard ne va pas trop m’apprécier maintenant…

  2. Ariane Répondre

    Je suis d’accord sur les points négatifs que tu abordes. Même si ça ne m’a pas forcément dérangé qu’à la suite de la découverte du mystérieux livre il ne se passe rien ou pas grand chose, j’attendais quand même qu’il se passe quelque chose avant la fin du tome.. Mais je suis un peu restée sur ma faim.. C’est vrai qu’à part Nathanaël qui souffre un peu dans ce tome, on en ressort quand même avec pas grand chose, juste les bases de l’histoire. C’est dommage! Comme toi je pense que cette série a beaucoup de potentiel et j’ai eu l’impression de lire la première moitié d’un livre. La fin m’a laissée assez perplexe. Du coup j’attends la suite pour reconsidérer mon avis ! Mais je pense que j’étais partie exigeante dès que j’ai vu ce livre. Les deux livres n’ont rien à voir donc je ne veux pas comparer mais c’est vrai que Christelle Dabos avait mis la barre très haute !

    • Mathieu Répondre

      Ah merci 🙂 ! À force de ne lire que des critiques élogieuses et qui ne relève aucun défaut, j’ai fini par me demander si je n’étais pas trop dur… Ça m’a un peu complexé :/. Mais oui, vivement la suite, où j’espère que l’auteur aura un peu développé son style d’écriture pour nous délivrer une superbe histoire d’aventure uchronique et fantastique !

  3. May Répondre

    Je comprends ta critique en demi teinte. C’est comme si Gallimard avait décidé de couper un tome en deux (c’est peut-être le cas, qui sait ?) En tout cas ce premier tome m’a convaincu de tout de même continuer ! L’époque que l’auteure a choisi de changer est vraiment intéressante et tous ses mystères ont achevé de me donner envie de lire la suite !

    • Mathieu Répondre

      Oui, j’espère vraiment que l’intrigue sera approfondie, et que le jeu concours ne prendra pas le pas dessus… D’ailleurs cette idée de jeu de l’oie me laisse un peu perplexe pour le moment :/

  4. May Répondre

    Intéressant ton parallèle avec les livres de Jules Verne, c’est vrai que le design se ressemble, je n’y avais pas fait attention !

    • Mathieu Répondre

      Oui à part la couleur ! Mais il y a bien un titre central, des cadres faits de motifs géométriques, et les illustrations reléguées aux 4 coins de la couverture !

  5. Pikobooks Répondre

    Hello !
    En rédigeant ma chronique, je me rends compte que je suis particulièrement d’accord avec toi sur les réserves… J’avoue que j’ai été un peu refroidie par de nombreuses maladresses, quelles soient scénaristiques ou stylistiques, mais c’est assez facilement excusable ! La promesse est tenue et une autre est faite : le tome 2 devra pour moi être plus long et plus posé… Plus mature dans son écriture et sa construction.

    En tout cas cette saga restera dans ma ligne de mire.

    J’en profite pour découvrir ton blog et j’adore ! 🙂

    • Mathieu Répondre

      Oui, et il faut aussi garder à l’esprit que c’est un premier roman , d’une jeune auteure. Et c’est également le rôle de l’éditeur d’être conscient des points faibles et de guider son auteur pour les améliorer. En tout cas je suis soulagé de voir que je ne sors pas tout ça de mon imagination et que mon avis est partagé. Et ravi que mon blog te plaise :), c’est motivant.

  6. La route des lecteurs Répondre

    J’avais entendu de bons avis sur quelques blogs, avant le tien. Finalement, ta chronique me fait hésiter … En même temps, il me tente mais en même temps, pas autant que d’autres livres XD
    En bref, je pense laisser encore quelques temps pour me décider si oui ou non je le lis 😉

    • Mathieu Répondre

      C’est un bon livre mais avec des petits défauts d’écriture et ne narration. Mais c’est aussi le premier roman d’une jeune auteure !

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