CRITIQUE DE LIVRE : LE LIVRE DE PERLE

La lecture de Tobie Lolness m’ayant à la fois enchanté et fait découvrir la magnifique plume littéraire de Timothée de Fombelle, et sachant que c’était là son tout premier roman publié, c’est avec beaucoup de plaisir (et d’attente) que je me suis plongé dans un autre de ses roman, Le livre de Perle. Confirmation ou déception ?
Suivez-moi pour le découvrir !


Perle_fiche-techniqueLe Livre de Perle
de Timothée de Fombelle

« Je relis ces lignes que jamais je n’aurais pensé écrire un jour.
Des mots traversés par la vie d’une fée. Rien ne me préparait à la familiarité des fées.
Je les mettais dans le même panier que toutes ces créatures indéfiniment recyclées
dans le grand magasin du merveilleux. L’imaginaire de chacun est pour moi unique
et impossible à dupliquer. Une réserve, un sanctuaire intime.
Dans chacune de nos têtes, des bestioles étranges, un herbier et de petits peuples,
mais je ne supportais pas les fées ou les farfadets qui se promenaient d’une tête à l’autre comme des poux. Pourquoi se laisser imposer des créatures inventées par d’autres ?
Mais les histoires nous font changer. Et certaines rencontres
nous retournent sur le dos comme des tortues.
Elles nous obligent à nous laisser faire.
 »

Résumé éditeur : Il vient d’un monde lointain auquel le nôtre ne croit plus. Son grand amour l’attend là-bas, il en est sûr. Pris au piège de notre histoire, Joshua Perle aura-t-il assez de toute une vie pour trouver le chemin du retour ?
Un grand roman d’aventure entre réel et féerie, une éblouissante ode à l’amour et aux pouvoirs de l’imaginaire.


Encore une fois, un très bon moment de lecture même si un poil plus simple (plus jeunesse) que Tobie Lolness.

Le roman commence comme un conte de fée : il est question de rois, de reines, de princes, de fées, de génies, avant de changer brutalement de genre… ou change t-il vraiment ? Car l’auteur s’amuse du lecteur, s’évertuant à brouiller les pistes, mêlant monde imaginaire et monde réel. On suit ainsi les aventures d’un prince exilé dans notre propre univers par son frère, au pouvoir, craignant qu’il ne cherche à revendiquer le trône. Séparé de la femme qu’il aime, il tentera par tous les moyens de rentrer chez lui, dusse-t-il y passer sa vie…

« – Qui êtes-vous ? demandais-je.
Il plissa les yeux, comme si la question était vaste et insoluble,
comme si j’avais demandé si Dieu existait, ou si l’univers avait une extrémité quelque part,
un balcon auquel on pouvait se pencher. »

L’auteur cherche à perdre son lecteur avec sa galerie de personnages, et comme dans Tobie Lolness, on suit plusieurs trames, plusieurs time-line en parallèle, remontant ou avançant dans le temps au gré des envies de l’auteur, se demandant qui ils sont, quand, où, quels sont les liens qui les relient et comment ils prennent place au sein de l’histoire que l’on nous raconte. Et plus le roman avance, et plus l’on se rend compte, au fil des révélations, que le début de l’intrigue est aussi la fin, dans un certain sens. On lit ce livre comme on remonte un arbre à l’envers, depuis ses plus hautes branches (intrigues parallèles) jusqu’au tronc qui les supporte et qui les lie, avant de réaliser que c’est en réalité une sorte de boucle… Je ne vous en dit pas plus (ça à l’air compliqué comme ça, très labyrinthique), mais c’est plutôt clair à la fin de la lecture, comment début et fin sont également fin et début, et comment l’un engendre ou influence l’autre.

« Le soleil baissait.
J’avais des ampoules à chaque orteil, des insectes dans les cheveux. […]
Une femme, sûrement touchée par mon allure héroïque, arrêta sa voiture […]
– Vous étiez perdu ? »

Le récit est servi par des personnages attachants et fragiles, et jeu de piste oblige, très mystérieux. J’ai passé une bonne partie du roman à essayer d’anticiper les évènements et deviner leurs identités.
Le roman dans son ensemble reste moins complexe que Tobie Lolness. Bien sûr ces deux titres n’ont pas à être jugés l’un par rapport à l’autre, mais ayant commencé cette lecture dans le but d’en découvrir plus sur cet auteur, je trouve tout de même intéressant de les mettre en parallèle pour voir en quoi ils diffèrent l’un de l’autre, les comparer;  Le premier était un roman d’apprentissage, et de ce fait plus dense, et faisait appel à davantage de notions et de thèmes, et abordait plus en profondeur la psychologie de ses personnages, leurs réactions et leurs motivations,… Le livre de Perle quant à lui, se pose en véritable conte moderne et si le récit est plaisant à suivre et suscite beaucoup d’attente -les ellipses de temps et les trames différentes nous faisant nous poser beaucoup de questions, et nous poussant à lire pour résoudre ces mystère- il reste beaucoup plus simple et léger, le tour de force de cette aventure reposant principalement sur le procédé narratif utilisé, les éléments autobiographiques et l’implication du lecteur dans la conclusion de l’intrigue.

« je n’avais pas oublié le désespoir qui m’avait jeté dans les bois.
Cette tristesse devenait une alliée, elle marchait avec moi dans l’obscurité.
Je l’apprivoisais. » 

Cette différence se retrouve également dans le texte. Le roman étant plus court et le rythme en conséquence plus rapide, les moments de calme, de contemplation, d’introspection sont beaucoup moins nombreux et donc moins propices aux jolies formules poétiques et sensibles auxquelles m’avait habitué son premier roman. Qu’à cela ne tienne, l’écriture reste très agréable, fluide et très plaisante à lire, peut être simplement (un tout petit peu) moins douce.

« Elle aussi découvrait ce secret interdit aux fées, l’amour, cette force qui fait vivre.
C’est-à-dire qui fait naître et qui fait mourir.
 » 

Un roman qui me rappelle beaucoup l’histoire sans fin, dans son mélange de réel et d’imaginaire, d’éléments autobiographiques (surprise !), et le rôle que le lecteur est amené à jouer… Un très bon roman -encore une fois- qui assure à Timothée de Fombelle une place dans ma bibliothèque ! Plus qu’un écrivain, cet auteur est un véritable artisan, un tisseur de mots. J’ai retrouvé avec grand plaisir sa plume et ses talents de conteur, et j’ai hâte de me plonger dans ses autres romans…

a

Univers/originalité :
Personnage/charisme :
Histoire/ressenti :
Objet livre :
Moyenne

A

About the author

Graphiste dans le monde de l’édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

6 comments on “CRITIQUE DE LIVRE : LE LIVRE DE PERLE”

  1. La route des lecteurs Répondre

    Je n’ai pas encore lu cet auteur mais je dois dire que « Le livre de perle » me tente moyennement. Malgré des avis positifs, j’ai également vu du mitigé et cela m’a refroidi :-/

    • Mathieu Répondre

      C’est un livre un peu spécial : la façon dont c’est raconté peut prendre au dépourvu (plusieurs points de vue, des personnages dont le rôle précis dans l’histoire ne se dévoile qu’après un certains temps, l’impression d’avoir des pièces de puzzle dont on ne sait pas vraiment comment les agencer jusqu’à un certain point (très loin) dans le roman…) Personnellement j’ai trouvé ca très intéressant, j’étais vraiment curieux d’avoir le fin mot de l’histoire. Apres j’ai lu aussi pas mal de critiques mitigées et ce qui était reproché était justement ce mode narratif. Les gens n’ont « rien compris » et ont arrêté la lecture très tôt. Et je suis navré pour eux, mais ils ont justement loupé le but même du roman. Ce n’est pas l’histoire qui importe ici (elle est presque secondaire), mais c’est bien ce jeu de piste, cette façon de raconter qui change de d’habitude qui est vraiment l’élément principal de ce roman. Si tu est prête à te laisser prendre au jeu, à te perdre jusqu’à la toute fin où tout est enfin révélé et prend sens, ce roman te plaira. Si tu préfères des romans racontés de manière traditionnelle et où tu n’as pas à faire l’effort de mettre tout les bouts d’histoire ensemble et dans le bon ordre à la fin, alors je te conseillerais plutôt Tobie Lolness chez cet auteur !

  2. Un point c'est tout Répondre

    Awh, ce livre avait été un réel coup de coeur ! Tous les Timothée de Fombelle se valent pour moi, dans des genres assez différents. J’espère que tu continueras sur ta lancée avec Vango, car c’est un sacré paquet lui aussi ! 🙂

  3. Pingback: COUP DE CŒUR : VANGO

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