CRITIQUE DE LIVRE : SORCERER TO THE CROWN #1

Je suis tombé sur ce roman en regardant dans les suggestions de romans similaires à la trilogie Shades of Magic sur Goodreads. Au programme : magiciens et sorcières en pleine Angleterre – période régence (1811-1820, Jane Austin style) – qui doivent faire face à une disparition inquiétante de la magie sur leur territoire. Ça m’a plutôt emballé je dois avouer !
Alors qu’en est-il au final ? suivez-moi, c’est par ici !

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Avant toute chose : prenez bien en compte que ce roman est le tout premier texte publié par une jeune auteure, Zen Cho !
>
L’objet-livre de l’édition américaine, première édition (oui, il y en a deux) est plutôt raté je trouve : couverture rouge, avec motif dragon (pourquoi ? parce que l’auteure est d’origine asiatique ?), avec une espèce de texture sol, et un logo-titre en police standard, pas du tout travaillé. L’ensemble ressemble à une carte de visite de restaurant chinois… et donne l’impression que l’éditeur ne croyait pas suffisamment au titre pour un vrai travail éditorial ! Dommage !
> La version anglaise (celle que je possède) est quant à elle beaucoup plus sympathique, même si certains la trouveront peut-être trop chargée : la jaquette, d’un noir mat, est complètement recouverte d’un fer à chaud doré reprenant un motif très baroque, avec un cercle central à motif. Inutile de vous dire qu’un fer de cette taille a dû coûter une blinde ! Moi j’aime beaucoup, ça rend super bien dans ma bibliothèque !
> Une deuxième édition anglaise (brochée) à vu le jour : couverture blanche, reprise du logo anglais et de leur motif non figuratif central auquel ont été rajouté deux profils de visages correspondants à nos deux héros (malin !), le tout en… fer à chaud rouge métallique !


SORCERER TO THE CROWN
(SORCERER ROYAL T01)
de Zen Cho


« 
Why, all the greatest magic comes down to blood, » said Mak Genggang.
« And who knows blood better than a woman? » 

Résumé éditeur :
The Royal Society of Unnatural Philosophers, one of the most respected organizations throughout all of England, has long been tasked with maintaining magic within His Majesty’s lands. But lately, the once proper institute has fallen into disgrace, naming an altogether unsuitable gentleman—a freed slave who doesn’t even have a familiar—as their Sorcerer Royal, and allowing England’s once profuse stores of magic to slowly bleed dry. At least they haven’t stooped so low as to allow women to practice what is obviously a man’s profession…

At his wit’s end, Zacharias Wythe, Sorcerer Royal of the Unnatural Philosophers and eminently proficient magician, ventures to the border of Fairyland to discover why England’s magical stocks are drying up. But when his adventure brings him in contact with a most unusual comrade, a woman with immense power and an unfathomable gift, he sets on a path which will alter the nature of sorcery in all of Britain—and the world at large…


J’avoue avoir été pris dans le roman dès les premières pages, et y avoir retrouvé un mélange de Shade of Magic (dans certains aspects des personnages) comme promis par Goodreads et de Kat, apprentie sorcière, même si la qualité générale était un petit peu en dessous de ces deux romans.
Ancien esclave africain acheté et élevé par le Sorcerer Royal, Zacharias est désormais dépositaire de cette position – au grand damne de la majorité des membres de la société magique d’Angleterre – depuis la mort mystérieuse de son prédécesseur. Et en cette qualité il est de son devoir d’apporter une solution au plus grand péril auquel ses pairs font face depuis plusieurs décennies : l’amenuisement lent mais constant des ressources magiques du pays. Réprouvés par ses collègues en raison de ses origines et de sa couleur de peau, confronté aux tentatives de meurtre d’un mystérieux ennemi, il ne peut compter que sur lui-même et une poignée d’amis dans cette enquête. À moins d’accepter l’aide d’une jeune femme incroyablement douée pour la magie, défiant au passage toutes les convenances de la société…

« Prunella took to the ballrooms of London
in the spirit of ruthless calculation of a general entering a battlefield.
 »

L’univers dans lequel prend place ce roman est plutôt riche : l’Angleterre de la Regency, avec ses costumes d’époques, ses modes de transports, ses conventions sociales, ses bals, la position des femmes et des étrangers (esclaves notamment) dans la société, mixée avec les éléments typiques des contes et légendes que l’on connaît (peuples, créatures, souverains, lieux,…), tout cela participe à créer un terreau favorable pour l’intrigue, même si j’ai parfois eu l’impression que l’auteure ne maîtrisait pas toujours très bien les codes de l’époque choisie. Ça m’a semblé moins naturel que dans les romans de Stephanie Burgis, mais j’y reviendrai un peu plus tard.
Dans ce monde, la magie est une chose connue, et semble provenir d’un surplus d’énergie des univers magiques (fairyland) « s’écoulant » dans notre propre dimension, l’un de ces lieux se trouvant sur le territoire anglais. Les humains  (de bonne famille) capables de contrôler – avec divers degrés de succès – cette magie, peuvent rejoindre l’ordre si ils sont de sexe masculin, ou sont sommés de réprimer leurs dons si de sexe féminin. Cette société, absolument pas secrète, a réussie a maintenir son indépendance face au gouvernement grâce à son pouvoir et la crainte qu’elle inspire, mais la magie déclinant, cet équilibre pourrait bien vaciller.
Petit défaut à soulever : si l’origine de la magie anglaise est révélée, il n’est absolument rien dit à propos des autres sources (éventuelles donc) qui alimentent le reste de la planète, ni pourquoi la disparition de la « porte » anglaise serait aussi dramatique pour le pays puisqu’en théorie il pourrait toujours profiter de ce qui est disponible ailleurs…

« “[A] life passed amid the feuds and rivalries of a girls’ school
had left Prunella not wholly unprepared for battle.” »

Les personnages sont plutôt bien contruits, leurs origines, apparences et caractères Permettant à l’auteure d’aborder des intrigues et sujets plutôt intéressants (bien que peut-être déjà vus).
Zacharias, en sa qualité d’ancien esclave noir de peau, permet bien sûr d’explorer la façon dont les autres anglais se comportent à son encontre, comment son autorité (liée à son poste) est acceptée ou remise en question, mais surtout comment il vit sa relation avec son ancien mentor qui l’a après tout acheté (le séparant de ses parents) et élevé, partagé entre l’amour et la tendresse qu’il éprouve pour lui mais également son ressentiment, et l’impression de n’avoir après tout été qu’un singe-savant, une expérience. Même si ces aspects et questionnements ne sont que brièvement abordés par l’auteure (et aurait mérité un peu plus de développement), ils ont le mérite d’être présents dans le texte, et c’est loin d’être le cas dans la plupart des romans que je lis, sans compter que c’est là sa toute première publication.

L’héroïne de son côté, Prunella, ressemble à un mixe entre Kat et Lila : effrontée, courageuse, tête brûlée, têtue, sarcastique et avec peu de respect et considération pour les convenances sociales. J’ai parfois eu l’impression que l’auteure essayait un peu trop fort de lui faire sortir des réparties sarcastiques et narquoises sans avoir toutefois la maîtrise de l’exercice, contrairement à Victoria Schwab avec Lila. Heureusement le personnage est très agréable à suivre et surtout relève un peu Zacharias, parfois trop mou et trop passif.

« “Your amoral ingenuity in the pursuit of your interest is perfectly shocking,” said Zacharias severely.
“Yes, isn’t it?” said Prunella, pleased.
»

L’intrigue était réellement sympa à suivre et très prenante, et nous permettait de construire et découvrir l’univers et les personnages de manière fluide et naturelle, s’intéressant d’abord à Londre, la société secrète, les magiciens, Zacharias, puis à Prunella à la campagne dans son institut pour jeunes filles « magiques », la position sociale réservée à ces femmes, puis fairyland, ses ressortissants et souverains, et enfin Londres de nouveau, mais du point de vue des soirées mondaines et sociales. L’ensemble suivant le fil rouge de l’enquête de la disparition de l’énergie magique.
J’ai également eu l’impression au cours de la lecture (mais je me trompe peut-être) que l’auteure avait été largement inspirée par le conte de Cendrillon et Princesse Sarah, dont on retrouve de nombreux éléments dans l’intrigue et lors de certains événements.

« “Prunella had once thought life in London would be all flirting and balls and dresses,
hitting attentive suitors on the shoulder with a fan, and breakfasting late upon bowls of chocolate.
She sighed now for her naïveté. Little had she known life in London was in fact all hexes and murder and thaumaturgical politics, and she would always be rising early for some reason or other!” »

Enfin, si l’écriture était dans l’ensemble agréable, je l’ai parfois (rarement rassurez-vous) trouvée un peu trop lourde, l’auteure tentant là encore un peu trop fort de faire des tournures de phrases tarabiscotées lors des dialogues, pour coller à un discours mondain de cette époque historique, avec malheureusement un peu moins de succès que Stephanie Brugis.

Un roman agréable à lire et une histoire intéressante qui donne envie d’en découvrir la suite, et avec des personnages tout aussi sympathiques. Même si l’ensemble présente parfois des (tout petits) défauts, ils sont complètement pardonnables dans un premier roman et chez une aussi jeune auteure, et ne gâchent absolument pas la lecture.
À suivre donc !

a

Univers/originalité :
Personnage/charisme :
Histoire/ressenti :
Objet livre :
Moyenne

a

About the author

Graphiste dans le monde de l’édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

3 comments on “CRITIQUE DE LIVRE : SORCERER TO THE CROWN #1”

    • Mathieu Répondre

      J’avoue que je lis beaucoup de livres en anglais… En général leurs couvertures sont plus belles que les nôtres. Et comme en plus les sites de vente font des suggestions basées sur les achats précédents…

      • voyageusedesmots Répondre

        Oui. J’ai pu le constater avec mon coffret Harry Potter. Là je me suis fais une liste avec le coffret Seigneur des anneaux, et Dracula mais j’attends encore un peu avant de me les offrir. Je dois d’abord m’acheter une liseuse pour savoir comment ça fonctionne concrètement et pouvoir bosser sur le format (curiosité en lien avec mes études car je préfère le papier)

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