CRITIQUE DE LIVRE : LES CHRONIQUES DE WILDWOOD

Je suis tombé sur cette petite merveille au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil alors que j’étais à la recherche d’un livre pour un ami. J’ai été immédiatement attiré par cette couverture et cette fabrication sublime (inutile de vous préciser que je l’ai gardé pour moi !).


wildwood_fiche techniqueLES CHRONIQUES DE WILDWOOD livre I
de Colin Melot

« Comment cinq corneilles pouvaient-elles soulever dans les airs un enfant de neuf kilos ? Prue ne comprenait pas, mais c’était le cadet de ses soucis.
En fait, si elle devait dresser la liste de ses priorités,

l’explication d’une telle prouesse arriverait bonne dernière. Assise sur ce banc du parc, elle regarda, fascinée, son petit frère Mac s’envoler entre les serres de ces corneilles noires. Sa plus grosse inquiétude, c’était justement lui, dont elle avait la responsabilité et qui se faisait enlever par des oiseaux ! Et la question qu’elle se posa tout de suite après, c’était : Qu’allaient-ils faire de lui ?

La journée avait pourtant si bien commencé. »

a

Lorsque le petit frère de Prue est enlevé sous ses yeux par une bande de corneilles, elle décide de se lancer à leur poursuite, quitte à devoir pénétrer dans la forêt dont on lui avait pourtant interdit de s’approcher. Accompagnée de son camarade Curtis, elle va découvrir un monde fabuleux où des animaux anthropomorphes de toutes espèces vivent, organisés en territoires pas toujours en très bons termes les uns avec leurs voisins. La mission de sauvetage se transforme alors rapidement en une lutte pour la libération de cette contrée enchantée qu’on appelle Wildwood, et dans laquelle nos jeunes héros auront un rôle décisif à jouer…

L’objet à réellement une fab peu courante, et du coup en tant que graphiste c’est juste un vrai petit plaisir de l’avoir en main. Déjà la couverture à rabat est imprimée sur un papier mat épais et texturé (type papier canson). Ensuite la tranche n’est pas coupée (c’est normalement la dernière étape de fabrication d’un livre, où on « coupe » le livre au format désiré, pour que rien ne dépasse. Les pages sont donc de tailles légèrement différentes, et ça lui donne un cachet dingue de vieux livre/grimoire. Les illustrations sont simplement magnifiques, à l’aquarelle, et réalisées par Carson Ellis qui n’est autre que la femme de l’auteur, Colin Meloy chanteur et compositeur du groupe de rock The Decemberists. Plutôt cool, n’est-ce pas? Et vous pensiez que ça s’arrêtait là ? Et bien figurez-vous que vous pourrez également régulièrement tomber au détour d’une page, sur des illustrations couleur ou noir & blanc. Un petit bijou je vous disais !

La série dans son ensemble mérite vraiment d’être lue, à condition de ne pas s’arrêter au tome 1.
L’univers décrit est vraiment sympathique, sorte de mélange entre Narnia et Peter Pan. On prend plaisir à découvrir ces « Territoires infranchissables » et les différentes nations qui les composent et qui ont chacune leurs particularités. On se familiarise avec les conflits, présents ou passés, qui rythment la vie des habitants de la forêt et on rencontre des personnages plutôt amusants et attachants, petite pensée pour le peuple des bandits, même s’ils ne sont pas non plus d’une complexité folle (ça reste un livre jeunesse). Prue est très agréable à suivre, plutôt débrouillarde et déterminée, avec un sens de la répartie que j’ai vraiment apprécié :

– Qu’as-tu prévu de beau aujourd’hui ? lui demanda-t-il. Tu te rappelles que tu dois surveiller Mac.
– Hmm… Je sais pas trop, répondit Prue. Je crois qu’on va aller traîner quelque part. On va malmener quelques vieilles dames. Peut-être qu’on braquera une quincaillerie. Puis on déposera le butin chez un prêteur sur gages.

Les deux ados étant rapidement séparés au début de l’aventure, ils vont faire des rencontres différentes et se retrouver confrontés à des choix parfois difficiles, devoir apprendre à faire confiance ou au contraire ne pas hésiter à se détacher des influences extérieures, et ils vont tous les deux sortir grandis, chacun à leur manière, de cette folle aventure.
Difficile d’en dire plus sans trop en dévoiler, mais sachez que l’histoire comporte de la magie (bien dosée et pas trop présente), des prophéties, une petite dose de steampunk, et si les animaux sont doués de parole, les plantes ne sont pas en reste ! On retourne également dans le monde « extérieur » (notamment au tome 2) pour y vivre des aventures parallèles finissant par converger vers la première, donc les deux univers cohabitent régulièrement ensemble.

S’il est vrai que ce premier tome est un peu lent durant les deux premiers tiers, l’auteur s’attardant à décrire en détail la situation géopolitique du monde accueillant son histoire, l’intrique s’envole dans la troisième partie, qui mène à la conclusion haletante du récit. Quant aux deux tomes suivants, qui enchaînent directement l’histoire, ils introduisent de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue qui trouvera un dénouement grandiose dans le tome 3. Petit bémol, ce dernier ne bénéficie pas de la même fabrication que les précédents, les pages couleurs intérieures étant cette fois-ci en Noir & Blanc. L’autre petit défaut (tout petit), c’est que le livre est parfois très adulte, dans sa complexité et sa densité, et très jeunesse dans son écriture et son intrigue, et ça peut parfois sembler un peu étrange. Mais si vous êtes capable d’en faire abstraction et de simplement vous laisser porter, vous passerez un très bon moment de lecture !

Univers/originalité :
Personnage/charisme :
Histoire/ressenti :
Objet livre :
Moyenne

A

About the author

Graphiste dans le monde de l’édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

2 comments on “CRITIQUE DE LIVRE : LES CHRONIQUES DE WILDWOOD”

  1. Pikobooks Répondre

    Wouaw ! Je comprends l’achat compulsif. J’en aurais fait autant.
    Merci pour ce joli article qui va me faire découvrir, j’en ai bien l’impression, une très jolie lecture.
    Halala, il faut que je me retienne. C’est le porte-feuille qui le dit. Allez hop, direction le book jar.

    • Mathieu Répondre

      Ils sont très beaux en effet, et ils rendent superbement bien dans ma bibliothèque !

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