CRITIQUE DE LIVRE : CŒUR DE LOUP

Je vous propose de découvrir aujourd’hui ce petit roman jeunesse que j’avais déjà repéré en VO sur internet (jolie couverture !) et que j’ai finalement acheté au salon de Montreuil !
Une histoire de jeune fille amie des loups, partie sauver sa mère dans les paysages enneigés de la Russie impériale… Ça vend du rêve non ? Alors promesses tenues ? C’est ce que nous allons voir…

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> La version française (celle que je possède) reprend l’illustration originale. La couverture est orné d’un fer à chaud argent ( en C1, sur le dos et sur certains élément de l’illustration), et recouverte d’un pelliculage soft touch (touché velour), et des dessins noir & blanc (en couleurs dans la VO) sont disséminés dans le roman.


CŒUR DE LOUP
de Katherine Rundell


« Les gens prétendent
qu’on ne peut rien changerau monde tel qu’il est,
que tout est gravé dans le marbre.
Moi, je dis que ça ressemble à cela, mais qu’en réalité,
ce n’est rien de plus que de la peinture sur du carton.
 » 

Résumé éditeur :
Féodora a grandi parmi les loups. Ils sont tout pour elle et, bientôt, elle deviendra maître-loup, comme sa mère. Mais ce destin extraordinaire est anéanti quand surgit l’armée du tsar, dévastant tout sur son passage. Alors que sa mère est faite prisonnière, l’intrépide Féo part avec sa meute à travers les forêts enneigées de Sibérie. Bravant l’ennemi, le froid, les tempêtes, elle est prête à tout pour la sauver…

Une héroïne fougueuse et à l’âme sauvage. Une envoûtante épopée russe où souffle le vent de la liberté. Par l’auteur du «Ciel nous appartient», prix Sorcières 2015.


Le roman se déroule dans la Russie impériale d’il y a près de 100 ans (ce qui est étrange c’est que l’ayant lu en 2017, cela pose le récit l’année de la révolution Rouge de Lenine… ce qui trouve un étrange écho avec cette aventure). À cette époque les loups étaient vénérés et craints, et nombre de nobles tentaient d’en apprivoiser certains pensant attirer sur eux la bonne fortune. Tentaient, car les loups sont après tout des animaux sauvages, et, contrairement aux chiens, bien moins dociles, et la perte de doigts, d’orteils ou d’oreilles n’étaient pas rares. Et comme tuer un loup risquait d’apporter malheur – selon la superstition populaire – les animaux incriminés se retrouvaient alors confiés à des maitres-loups chargés de le retransformer en bête sauvage et le retourner à sa vie sauvage.

«Toutefois, on ne dresse pas un loup comme on dresse un chien,
 et ce n’est pas un animal d’intérieur. Les loups, comme les enfants,
ne sont pas nés pour vivre une existence paisible

Nous suivons donc Féodora, Féo pour les intimes (inexistants), petite fille fougueuse et sauvage à la crinière noire vivant à l’écart de toute civilisation dans la campagne enneigée, et qui désire plus que tout devenir à son tour maître-loup et marcher dans les traces de sa mère, Marina. Des loups elle en connait trois, avec lesquels elle partage un lien très fort sans qu’ils puissent cependant être qualifiés d’animaux de compagnie, la petite fille étant davantage membre honoraire de la meute. Si le quotidien de Féo était jusque là paisible, tout change le jour où l’armée du Tsar surgit menée par un général fou et dangereux qui considérant les loups comme de la vermine à éliminer, décide d’arrêter Marina et l’emporte au loin.
Laissée seule, notre héroïne décide malgré son âge et sa méconnaissance du monde de partir avec ses loups pour secourir sa mère…

« Elle était russe, et tandis que ses cheveux, ses yeux
et ses ongles étaient sombres en permanence,
elle ne se montrait fougueuse qu’en cas d’absolue
nécessité.
C’est-à-dire assez fréquemment
 »

L’histoire est vraiment prenante, pleine de rebondissements et de suspense, emmenée par une héroïne effrontée et qui malgré sa peur et ses incertitudes (mais pas son manque de courage) fait de son mieux dans un environnement pas toujours clément. Et c’est l’un des gros points forts de ce récit : les paysages dépeints sont vraiment bien brossés par l’auteure, et l’on s’imagine sans peine perdu dans ces immensités de neige et de forêts, encadré par des loups dont le comportement est décrit de manière réaliste et convaincante.
On peut également compter sur une galerie de personnages que l’héroïne rencontrera au cours de ses pérégrinations, et dont certains lui viendrons en aide. Et à leur contact, ce qui avait commencé en simple mission de sauvetage pourrait s’avérer finalement devenir un peu plus que ça en cette période de trouble politique…

« Féo adorait cet endroit. Tout autour de chez elle, la terre frémissait et scintillait de vie.
Elle avait entendu des promeneurs qui passaient par là déplorer la monotonie du paysage blanc,
mais ces gens là étaient des illettrés, ils n’avaient pas appris à lire le monde correctement.
La neige était une véritable pipelette qui parlait des tempêtes et des oiseaux.
Elle avait chaque matin une histoire à raconter.»

Maintenant il me faut pourtant abordé la raison de ces 3 étoiles de notation… Si dans son ensemble l’histoire était très sympathique, certaines petites choses m’ont empêché de pleinement l’apprécier. Entre autre, l’orientation très jeunesse du roman, ce qui en soit ne me dérange pas habituellement, mais qui se ressent ici fortement dans son écriture, ses phrases très simples et très courtes, me retrouvant à buter assez fréquemment sur les points à leur fin. Et pourtant le texte se permettait parfois, et cela m’a beaucoup fait penser à Tobie Lolness, de petites fulgurances poétiques ici et là, des petits traits d’humour et d’esprit. Et dans l’ensemble ça m’a donné l’impression que l’auteure se forçait à adopter ce style « jeunesse » , pour s’adapter à ses lecteurs, sans pouvoir toujours se retenir d’aller un peu plus loin. Sentiment renforcé par des allusions très directes au texte de Karl Marx, le capital, des références à Lénine… Sans que je sois certain que le public ciblé soit suffisamment armé pour les relever.
Les personnages enfin, bien qu’agréables à suivre, sont également très simples dans leur personnalité, leurs comportements, leurs motivations,… et ne sont pas très développés au cours du récit. Le grand « vilain » est victime de cette même faiblesse, se bornant à être méchant… parce qu’il est méchant. L’ensemble n’est par forcément négatif, puisqu’au final on à plus l’impression d’être devant un conte, à l’instar des classiques comme blanche neige ou la belle au bois dormant, dans leur version originale non édulcorée (et donc parfois un peu morbide et pas si enfantine que ça), où la princesse est belle, bonne, gentille et douce, où le prince est brave et courageux et le méchant, méchant, sans que ne soit à aucun moment expliqué cet état de fait, mais c’était néanmoins un point que je voulais soulever.

« Nox et Blanche hurlèrent à leur tour. Des glaçons se détachèrent des arbres.
Ce furent les cris les plus primitifs
 et les plus déchirants que Féo ait jamais entendus.
La musique des choses perdues, et jamais retrouvées. »

« Elle secoua la tête, elle était incapable de parler.
Ces moments où le monde devient soudain bienveillant
peuvent vous transpercer le cœur.
 »

Un roman du type conte moderne où les enfants sont les véritables héros, et qui enseigne que peu importe son âge et sa taille, on peu aider à transformer le monde. L’ouvrage, qui oscille entre très jeunesse dans son écriture et ses personnages et un peu plus mature dans les sujets qu’il aborde (et certains des évènements plutôt tristes et touchants), plaira très certainement à son public cible, mais risquera de convaincre un peu moins un public adulte susceptible de vouloir s’y plonger.

À recommander à un public 10-12 ans

a

Univers/originalité :
Personnage/charisme :
Histoire/ressenti :
Objet livre :
Moyenne

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About the author

Graphiste dans le monde de l’édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

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