CRITIQUE DE LIVRE : AU PAYS DE L’AILLEURS

Franchement intrigué par ce résumé promettant un univers où les couleurs seraient mises à l’honneur, je m’étais précipité pour l’avoir dès sa sortie en août, bien avant d’apprendre sa prochaine publication française aux éditions Michel Lafon. C’est donc en anglais que j’ai lu ce petit roman des plus étrange que je vous propose de découvrir aujourd’hui !

> La version originale hardcover possède un léger foil métallique sur le logo et le nom de l’auteur, et la couverture bleue foncée est ornée d’un fer à chaud cuivre. Là où l’illustration de la version américaine est clairement orientée jeunesse, la version française prend de son côté le partie de s’orienter vers une esthétique plus douce et plus pastel dans un mélange de photo et d’effet aquarelle, et tend d’avantage vers un univers adolescent/jeune adulte. À vous de faire votre choix !


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(Furthermore)
de Tahereh Mafi

« Ils marchèrent pendant des jours.
Des semaines. Des mois et des années.
N’exagère pas, dit Oliver. Ça ne fait que quinze minutes. »

Résumé éditeur  :
« Il était une fois une petite fille délaissée… »
Avec sa peau pâle et ses cheveux de neige, Alice détonne à Ferenwood, ce monde éclatant où les couleurs sont révélatrices d’un don magique. L’incolore jeune fille de douze ans n’a donc apparemment aucun intérêt, et les habitants de ce lieu en ont fait une paria.
Aussi, lorsque Oliver lui propose de l’aider à chercher son père, la seule personne qui a toujours cru en elle, Alice accepte. Même si le garçon est son ancien ennemi de classe et que son talent consiste à tromper son monde. Même si, pour retrouver celui qui a disparu trois ans plus tôt, ils devront explorer le dangereux pays de l’Ailleurs… Un endroit où rien n’est ce que l’on croit, et où les pièges pullulent. Un endroit où ils trouveront peut-être plus que ce qu’ils sont venus y chercher.


En voilà un drôle de petit ovni ! Nous sommes plongé dans le monde onirique de Ferenwood, un univers mystérieux  rempli de fleurs où le soleil tombe en une pluie de lumière (si si !), et où les couleurs sont chatoyantes, omniprésentes et traduisent la présence de la magie. Malheureusement pour notre héroïne Alice, de la couleur elle n’en a point, ou si peu, et se retrouve de fait marginalisée. À l’occasion de ses 12 ans, et comme tous les enfants de cet âge, elle se voit offerte une chance de faire ses preuves et de prouver à tous que, malgré sa blancheur, elle est loin d’être dépourvue de cette magie tant respectée. Mais après une énième déception, et sous le coup des émotions qui la traversent alors, elle décide de partir à la recherche de son père disparu depuis 3 ans, la seule personne à jamais lui avoir témoigné un amour sincère. Et même si pour cela elle doit partir en compagnie d’un garçon qu’elle déteste par dessus tout. Et même si elle doit partir explorer le pays de l’Ailleurs, un endroit réputé dangereux et très étrange…
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«Pour t’éloigner de Ferenwood, tu dois d’abord fouler la terre,
avant de plonger dans la mer pour te mouiller jusqu’au genoux et gagner la plage indolente.
Le temps est une règle pesante. Derrière la porte, tu le trouveras
puis te lanceras dans l’aventure en oubliant la confiture !

L’Ailleurs n’attend plus que toi !»
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L’ambiance générale de cette aventure rappelle très fortement celle d’un autre roman, les héroïnes se partageant de surcroît le nom : Alice au pays des merveilles. Les deux univers partagent ainsi un goût très prononcé pour une folie légère ambiante et pour l’absurde, pour des règles tarabiscotées et défiants toute forme de logique (à première vue en tout cas), où il est possible de tomber en haut et de s’échapper par le bas, où l’on ne doit surtout pas s’endormir sans rêve et où la possession d’une règle est des plus primordiale. J’ai vraiment apprécié de découvrir ce monde incroyable et totalement imprévisible porté par la plume absolument magnifique de l’auteur. Elle joue avec les mots, avec les phrases et bien sûr avec les couleurs, et très honnêtement ça à dû être un véritable challenge pour le traducteur. À la manière d’un Harry Potter, il lui a très certainement fallu inventer des termes et des expressions pour traduire le texte original (ne l’ayant lu qu’en anglais, je ne peux donc pas juger de la qualité de traduction).

J’ai également beaucoup apprécié que le roman soit raconté par un narrateur externe, et surtout complice du lecteur, prompt à lui faire part de ses réflexions, de ses remarques sur le comportement des personnages et de petites révélations sur le ton de la confidence… J’ai même cru pendant un moment que c’était ce narrateur qui était à l’origine des titres de chapitres farfelus (c’est le moins que l’on puisse dire) : « plus de chapitre par ici », « je n’ai aucune idée du nombre de chapitres dans ce livre », « il se peut que ce soit ma partie préférée », jusqu’au « Oliver dit que je suis vraiment nulle à nommer des chapitres » qui révèle qu’ils sont écris par Alice elle-même… serait-elle également la narratrice ?
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«Lorsque leur monde fut bâti, il était d’une beauté si éclatante
– riche de mille et une couleurs – que le ciel en pleura cent ans.
Un déluge de larmes de bonheur et de chagrin inondèrent la terre et la lézardèrent ici et là,
en créant fleuves, lacs et océans qui existent encore aujourd’hui.
La beauté suscita une grande joie, mais également une grande tristesse,
parce qu’il n’y avait personne pour apprécier pareille magnificence.
Alors, comme le veut la légende, le peuple de Ferenwood naquit des larmes qui inondèrent la terre.
»
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Maintenant, j’ai relevé quelques petites choses durant cette lecture qui, je pense, peuvent potentiellement refroidir certains lecteurs. Pour commencer certains procédés de narration de l’auteur : Tehere Mafi utilise beaucoup le « teasing », à savoir cette façon de pratiquement dévoiler des informations importante au cours de dialogues où de descriptions, sans pour autant aller jusqu’au bout du genre « mais pourquoi n’as-tu pas utilisé ton autre don, celui de… » « Tais-toi ! je ne veux rien entendre »  » Mais… » « Tais-toi te-dis-je« , qui nous fait bien comprendre qu’il y a là un élément important qui se révélera primordial plus tard, mais en nous laissant dans l’attente et l’interrogation. Et si ponctuellement ça ne gêne pas, ça peut vite devenir frustrant sur la répétition… Personnellement ça m’a plutôt donné envie de poursuivre ma lecture pour découvrir le « poteau rose » (c’est le genre de jeu de mot auquel s’attendre dans le livre !), comme si à chaque étape l’auteur nous montrait la suivante à atteindre, et ainsi de suite, mais je peux comprendre que ça puisse bloquer certaines personnes.
> J’ai également eu un peu de mal avec la personnalité des deux héros, un peu (très) têtus qui se retrouvent bien trop souvent plongés dans des situations tendues par manque de communication, ou pour avoir agit de manière irréfléchie sous le coup d’émotions engendrées par le comportement de l’autre… Mais il faut se souvenir de leur âge, des circonstances de leur personnalité et de leur relation, et surtout tout cela évolue au cours du roman.
> Et pour finir, le plus gros défaut du roman à mes yeux : la fin. Tout au long du roman on nous présente leur mission comme étant difficile, voir impossible, dangereuse, longue… et pourtant tout se résout incroyablement vite, en quelques pages à peine, et surtout par chance ! Il est évident que cette aventure portait plus sur les liens entre les personnages, sur leur prise de conscience et l’acceptation de leurs différences et de leurs particularités et de comment elles influaient sur leur relation avec le monde et les gens, sur le regard et le jugement des autres, … mais j’aurai tout de même préféré que la fin soit plus développée.
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«Aimer Père signifiait aimer tout en lui – ses fenêtres ouvertes comme ses coins poussiéreux – ,
et elle refusait de l’aimer moins à cause d’éventuels secrets qu’elle ignorait.
»
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Malgré quelques petits défauts et une fin un peu précipitée, j’ai vraiment apprécié cette lecture et surtout cet univers vraiment original et coloré qui sort franchement de ce que je peux lire habituellement, et porté par l’écriture absolument somptueuse de Tehere Mafi. Une lecture rapide que je recommande, même si c’est un peu quitte ou double comme le font penser les réactions que j’ai pu lire sur la toile.

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Univers/originalité :
Personnage/charisme :
Histoire/ressenti :
Objet livre :
Moyenne

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About the author

Graphiste dans le monde de l'édition, je vous propose de vous faire découvrir cet univers professionnel, ainsi que des chroniques littéraire et des ouvrages à la fabrication remarquable.

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